Sur notre terre petit ange est descendu
Pour voir comment les hommes vivent,
Même si cela lui a été expressément défendu.
Dans un recoin obscur d’une ruelle il arrive.
Il s’aventure alors dans la lumière du soleil,
Resplendissent ses grandes ailes blanches.
Dans un coin cuve un poivrot dans son sommeil
Allongé sur un tas de vieilles planches.
L’angelot s’avance dans la rue passante,
Il est émerveillé par les véhicules étincelants,
La foule bigarrée, ces sucreries qui le tentent
Et dont il sent à présent les appétissants relents.
C’est que, là-haut, la nourriture est spirituelle
Et ne réjouit pas forcément les papilles,
Pas plus que les prières et mortifications rituelles
N’ont goût de fraises, framboises ou myrtilles.
Il demande au marchand un beignet tout chaud,
Mais petit ange est dans le plus simple appareil.
Le marchand menace de le faire jeter au cachot.
Que fait donc dans cette rue un ahuri pareil ?
« Il n’a visiblement ni ses papiers ni de l’argent
Et ose réclamer de ma bonne marchandise
Je ne suis pas là pour nourrir les indigents
Ou les fainéants qui en vers se déguisent ».
Le vendeur secoue le malheureux petit ange
Lui arrachant au passage une poignée de plumes.
En fait de beignets, ce sont des marrons qu’il mange.
Les mains de l’homme ressemblent à des enclumes.
Quand il le laisse enfin, notre ange chancelle.
Ses ailes fripées pendent lamentablement.
A petits pas précautionneux, il rejoint la ruelle
Et caché des regards remonte au firmament.
Dieu en colère lui inflige un sermon orageux.
« Regarde ton corps meurtri et tes ailes crottées !
Ces hommes primitifs ont un caractère ombrageux
Et jamais à eux, au grand jamais, il ne faut se frotter !
Ils ne m’ont rien demandé, c’est ce qui me glace
S’ils l’avaient fait, bien sûr, j’aurais dit non,
Dans mon paradis ils n’auront pas de place
Tant qu’ils s’entretueront en mon divin nom ».