Les soldats


Il court droit devant, sous ses pieds l’herbe se couche.
Des nuages de vapeur sortent de sa bouche,
Il fait déjà si froid, nous sommes en novembre.
L’homme file de toute la force de ses membres.
Entre les arbres il louvoie pourtant avec adresse,
Semblant s’éloigner du danger qui le presse.

Loin derrière on  entend gronder la terre,
Les animaux dans leur terrier se serrent.
Tandis qu’approche l’écume aux naseaux
Une troupe de cavaliers qui fait fuir les oiseaux.
Vêtus de longues capes noires, ils passent,
Brandissant des épées venues de Damas.

L’homme échevelé dans sa blanche robe de lin
Halète et sent bientôt son énergie sur le déclin.
Quand une lance fichée en plein cœur
Fait jaillir hors de lui sa vitale liqueur,
Le brillant de son sang faisant ombre aux feuilles
Sur lesquelles il tombe, tandis que la mort l’accueille.

Le lanceur démonte et récupère son arme,
C’est de rire que sur le corps il verse une larme.
C’est un puissant et fier guerrier qui, ce soir,
Devant le feu du campement narrera cette histoire.
Comment, par leur vaillance et leur volonté,
Ils ont d’un village, jusqu’au dernier tous été tués.

Combien y en a-t-il de ces féroces soldats
Qui coltinent sous tous les cieux leur barda ?
Des beaux lieutenants, des fiers capitaines
Indifférents aux pleurs, à la misère et la peine.
Croyant que de tenir une arme dans la paume,
Par magie, les transforme soudain en surhommes.

Répandant sur leur passage mort et désolation,
Ils sont le bras armé qu’ont toutes les nations.
Pour un peu d’or et de gloriole on les envoie là bas.
Ils sont héros, ou assassins, selon l’issue du combat.
Dire que l’homme est un loup pour l’homme, c’est banal.
Mais je pense que c’est faire offense à ce noble animal.

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