Le Temps et la Mort

« Sur les âmes je règne sans partage
Et pour montrer ma toute puissance
J’appose mon sceau dès la naissance.
L’ultime décision est mon apanage. »

Ainsi parlait la mort en se racontant
A son illustre et sage visiteur attentif
Hochant la tête d’un air affirmatif
A ce qui lui semblait plus important.

« Moi c’est sur l’apparence que je règne,
Dit l’entité mouvante aux flous contours,
J’use et je plisse, le modèle sur mon tour.
Le sablier, pour eux, est mon enseigne.

Nous travaillons main dans la main
Pour qu’avance sans fin le monde
Et rien ne peut venir freiner la ronde
Quand nous décidons ce que sera demain.

Du plus petit atome au plus gros soleil
Nous imposons notre loi et le rythme
Et rien n’existe qui ne chante notre hymne.
J’offre l’instant et toi le long sommeil.

Quand tu aiguises la faux, je serre doucement
De la vie le fin fil de ton nouvel amant
J’attends ainsi le dernier frémissement
En contemplant les étoiles au firmament.

Ecoutes ces pauvres fous, pauvres hommes
Qui croit nous apprivoiser par des prières.
Mais rien n’atteint nos coeurs de pierres
Ni le chagrin d’amour, ni le sourire d’un môme.

Dans cette éternité que je tisse de mes doigts
Les vies ne sont guère plus qu’étincelles.
Et si rien jamais ne nous ensorcelle
Nous faisons toujours ce qui se doit. »

Devant tant d’inflexibilité l’homme a peur.
Qui cherche à fuir la mort et à gagner le temps
Plutôt que de vivre vraiment et en être content
Il préfère stagner dans une frileuse stupeur.

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