Le bal (Sextine)

Alors que les boulets écorchent les pierres,

Dans l’immense salle de bal, on danse.

Aux murs qui tremblent s’effritent les joints

Dont la fine poussière tombe sur le sol.

Sourds au bruit de l’artillerie et de ses pièces,

Les danseurs inconscients la foulent aux pieds. 

 

Que vous êtes beaux avec vos agiles pieds,

Traçant d’imaginaires orbes sur les pierres

Dont le poli fait voler vos reflets sur le sol.

Il est si bien fait qu’on n’en distingue les joints,

Il n’y a donc rien dans cette grande pièce

Où résonne la musique pour entraver la danse. 

 

Au dehors la mitraille, dans sa mortelle danse,

Ricoche sur les murailles et les pierres,

Fait rouler les corps sans vie, aux pieds.

Cette ferraille, vomie par les lourdes pièces,

Crible ces soldats pataugeant dans l’humide sol.

La guerre les sépare, mais la mort les joint. 

 

Au ciel gris l’éclat de l’incendie s’est joint.

Alors que tout là haut, dans les splendides pièces,

Ignorant de la stratégie la triste danse,

Croyant encore avoir le peuple à leurs pieds,

Les nantis festoient dans leur demeure en pierres,

Jetant, du repas, les riches reliefs sur le sol. 

 

Les pauvres ont faim, ils n’ont même un sol.

A leur quignon de pain, rien ne se joint,

Tout les pousse à la révolte, jeter des pierres,

Allumant dans leur yeux une lueur qui y danse,

Qui les fait gronder et frapper des pieds.

La misère est profonde, il n’y a plus de pièce. 

 

Un couple est couché dans une froide pièce.

Un soldat, larmes aux yeux, à eux se joint.

Il remet à son mousquet une nouvelle pierre,

Ce soir des têtes vont rouler sur le sol.

Dans l’humeur de la noblesse finit la danse,

Le peuple en liesse, dedans, trempe les pieds. 

 

Sur le sol gelé se taisent les pièces en bronze

Le peuple entre dans la danse, l’armée s’y joint

Des corps flottent au pied de la tour de pierre

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