Le chant des sirènes

J’ai entendu ton chant longtemps dans la hune

Alors que nous naviguions par petit temps.

La mer presque étale clapotait doucement

Contre la coque qui luisait sous la lune.

 

Je voyais en arc se courber le sillage

Et les étoiles au ciel pivoter lentement,

Tandis que je regardais le firmament.

J’écoutais monter cette mélodie sans âge.

 

Un craquement sinistre bientôt lui répondit.

Hors de ma vigie je fus précipité

Vers le pont où l’équipage s’agitait,

Heureusement sur une voile je rebondis.

 

Mon vol prit fin dans l’eau glaciale.

Quand je remontais enfin à la surface,

Le bateau sombrait dans les sargasses.

S’élevait toujours ta musique un peu spéciale.

 

Un corps vint se lover contre le mien.

Autour de nous je sentais l’eau glisser,

Sur l’horizon, je vis une terre s’esquisser,

Je sentis monter la nausée, puis plus rien.

 

Quand je revins à moi, d’abord, je vis ton visage.

Tu me souriais et tes yeux d’eau étincelaient,

Tes lèvres rouges tranchaient sur ton teint de lait.

Tu apportais à ma bouche un chaud breuvage.

 

J’étais couché sur une sorte de litière,

Ta poitrine était nue, tes seins lourds.

L’envie me prit de poser mes doigts gourds

Sur ces globes parfaits que sculptait la lumière.

 

Tu me pris alors doucement la main

Y déposant un baiser très léger.

Je ne me sentais pas en danger

En sentant sur ma peau de tes lèvres le satin.

 

Je voulu t’embrasser mais tu détournas la tête,

J’ai bien vu dans tes yeux perler une larme.

J’ai cru mon coeur percé d’une lame

Quand, pour pieds, je ne t’ai vu qu’une queue parfaite

   

Tu n’étais femme, Ô ma jolie sirène.

Tu surpris mon étonnement, tes yeux s’agrandirent,

Mais je ne te laissais le temps de me maudire.

Je ne voulais en aucun cas te faire de la peine

 

Je t’embrassais d’un baiser amoureux

Que tu me rendis avec les intérêts composés.

Aller plus loin, il est vrai, je n’osais

Ne sachant jusqu’où pouvait aller le jeu.

 

En fait je vis qu’il allait aussi loin qu’il fallait

Et nous vécûmes heureux ainsi bien des années

Dans notre temple d’amour. Aujourd’hui fané,

Je t’abandonne, amour, je quitte le palais.

 

Toi tu n’as pas changée ma belle vagabonde,

Sèche tes yeux d’émeraudes voilés de larmes.

Si le temps est venu pour moi de déposer les armes,

Sache qu’était magnifique notre intime ronde.

 

Mon aimée sur qui n’a de prise les méfaits de l’âge,

Au seuil de goûter à présent l’ultime repos,

Alors que fuit ma vie, de ce serment je fais le dépôt :

Je t’attendrais sans fin sur mon petit nuage.

  

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