Paula - Le doigt de Dieu - Chapitre 5

Chapitre cinq : L’expédition

 

 

 

 

Ils avaient préparé le matériel nécessaire à leur longue expédition. Ils ne savaient pas sur quoi ils allaient tomber et ne voulaient pas être pris au dépourvu. Ils se chargèrent équitablement et après un dernier regard à leur abri, ils se mirent en route.

 

 Ils marchaient en devisant gaiement. Quoiqu’attentifs, ils connaissaient la première partie du trajet et ne s’inquiétaient pas outre mesure. Pour l’instant aucun prédateur terrestre ne s’était intéressé à eux. Ils ne faisaient partie, après tout, d’aucune niche écologique pour ce monde. Ceci dit, il y a toujours un commencement à tout. Les premières heures passèrent rapidement, mais la fatigue commençant à plomber les jambes, ils parlèrent moins et se concentrèrent davantage sur leurs pas. Ils gravissaient une colline assez élevée et le poids de l’équipement se faisait sentir. Ils s’arrêteraient pour manger quand le soleil serait au zénith et ils avaient encore deux bonnes heures devant eux. Paul étudiait dans sa tête un programme qui permettrait de mesurer le temps local car il différait (comme sur toutes les planètes) du temps martien standard. A première vue la durée du jour sur Paula était d’environ vingt huit heures. Elle orbitait autour d’un astre unique et possédait trois satellites qui déterminaient un cycle de marées complètement anarchique. Paul n’avait pas encore fait connaissance avec cette troisième lune car son orbite différait si peu de la vitesse de rotation de la planète qu’il lui fallait trois ans pour en faire le tour complet. Pour l’instant les marées étaient particulièrement hautes, mais quand les trois lunes seraient en conjonction l’océan baignerait le module.

 

Natacha de son côté réfléchissait au moyen de produire des substances médicamenteuses de première urgence. Leur stock ne durerait pas éternellement. Sur le chemin du retour elle ramasserait des échantillons qu’elle analyserait ensuite.

 

Ils s’arrêtèrent enfin pour manger, heureux d’être ensemble et curieux de connaître l’origine du signal. Ils se reposèrent un moment, tendrement enlacés puis d’un commun accord se remirent en route. Le chemin n’offrait pas de difficultés particulières mais les kilomètres s’ajoutant les uns aux autres transformaient leurs jambes en blocs de plomb. Ils discutèrent de leur vie passée, de leur vie future. Ils imaginaient, non sans angoisse l’avenir qui les attendait. Le soleil déclinant les encouragea à s’arrêter. Ils préparèrent leur campement pour la nuit avant de se laisser tomber morts de fatigue dans les sacs de couchage. Cette nuit aucun câlin ne vint troubler la quiétude des lieux.

 

C’est Natacha qui s’éveilla la première pour satisfaire un besoin naturel. Le soleil était levé et on entendait fuser des cris au loin. Son corps courbaturé protestait et elle avait l’impression que la rouille avait grippé ses articulations. Elle fit des mouvements d’assouplissement et se décida à réveiller Paul qui dormait comme un bienheureux. Il s’étira et fit aussitôt la grimace.

- Alors, mon héro, on a un peu mal ce matin ? Moi qui te croyais invulnérable.

- Invulnérable, je ne dirais pas ça, je suis rompu ! Mais dès que nous aurons marché un peu ça s’atténuera.

- Puisses-tu dire vrai !

Ils déjeunèrent copieusement puis replièrent soigneusement le matériel. Ils reprirent leurs pérégrinations. Ils traversèrent ainsi des étendues boisées, des plaines arides, des prairies colorées. Un artiste fou avait fait tomber négligemment sa palette sur cette planète. L’herbe se parait de couleurs aussi variées que chatoyantes. Chaque brin ayant son propre ton, son propre éclat. Machinalement, Paul mâchouilla un brin d’herbe, il le cracha et fit d’horribles grimaces.

- Pouah ! Quelle horreur, c’est amer comme du fiel !

- Tu as surtout de la chance que ce ne soit pas toxique, fit remarquer Natacha. Tu aurais pu en mourir !

- Oui, je m’en rends bien compte, il va me falloir faire plus attention.

Le trajet leur prit quatre jours supplémentaires. Ils arrivèrent exténués devant un spectacle désolant. Ils avaient retrouvé le Deimos.

La plaine était calcinée sur un diamètre de douze kilomètres et des déchets étaient éparpillés partout. De vastes morceaux du vaisseau s’étaient écrasés embrasant tout et apportant mort et destruction sur ce monde innocent.  Des modules gisaient ça et là, fortement endommagés par les débris au milieu desquels ils étaient tombés. Combien de pauvres types avaient trouvé la mort dans ce déluge de fer et de feu ? Paul et Nat consultèrent leur pad. Le signal provenait d’une source située à quelques centaines de mètres devant eux, mais ils n’en voyaient pas l’origine. Le sol était constellé de cratères. Un brasier gigantesque avait dû illuminer le ciel.

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