Paula - Le doigt de Dieu - Chapitre 4

Chapitre quatre : Camp de base

 

 

 

            Une espèce de caquètement les réveilla. L’aube était levée et le disque solaire rasait le sol. De gros volatiles au plumage étincelant fouillaient le sol avec leurs épaisses pattes. A première vue ils se goinfraient de scarabées. Ils avaient choisi les bonnes proies vue l’abondance de ces bestioles.

 

            Une vision de volailles troussées et dorées à point traversa l’esprit de Paul. Que faire ? La chasse ne faisait pas partie de son domaine. En général il opérait sur des planètes peu ou pas habitées afin de superviser l’installation des immenses tours qui modifiaient les atmosphères indigènes en air calibré pour que les humains, la faune et la flore locales puissent vivre en harmonie. La question fut résolue d’elle même. Alors qu’il déplaçait sa main vers son arme, sous le renflement  gonflable qui servait d’oreiller, un des  volatiles perçut le mouvement et poussa un cri strident. Dans un nuage de plumes colorées, la troupe s’égaya dans tous les sens.

 

Paul se leva, déçu et soulagé à la fois. Natacha s’extirpa elle aussi de son sac et Paul ne put s’empêcher de la trouver jolie. De son côté, Natacha était contente d’être tombée sur un garçon. Non pas qu’elle fut  intéressée par une aventure, mais elle ne s’entendait pas trop avec les autres femmes qui la trouvait trop garçon manqué. Ce n’était pas sa faute si son père lui avait donné le goût du bricolage et le mépris pour les frivolités. Une question lui vint aux lèvres :

- Paul, sans indiscrétion, quel âge apparent as-tu ?

- J’ai quarante quatre ans. Par contre en âge réel je m’approche des cinq cent quarante… plus le temps passé en hibernation depuis l’accident. Dans ma branche on passe plus de temps en cryog qu’en éveil, et c’est mon troisième voyage, et toi ?

- J’ai trente deux ans et en réel cent vingt deux, heu non, comme toi, il faut que je rajoute notre hibernation rallongée. Ce n’est que mon deuxième voyage. Mais nous, les toubibs, ne faisons que cinq ans sur une planète. J’espère que tu ne me trouves pas trop jeune ?

- Non ! Non ! Tu es parfaite comme ça, enfin, je veux dire... Tu es très bien. Au fait, tu as remarqué ces espèces de fruits par terre ? Ceux avec une coque dure ?

- Oui, tu les as testés ?

- Non, ils courent beaucoup trop vite pour ça, s’esclaffa Paul content de sa diversion.

 

Enfin le module fut en vue. Intact, avec ses trente mètres cubes et ses dix-huit tonnes ce n’était pas un poids plume. Il ne possédait pour se mouvoir que les tuyères latérales qui servaient à la stabilisation et à l’orientation du véhicule après l’éjection. Dans un premier temps un moteur permettait une accélération intense et se détachait une fois son office rempli. C’est seulement  ensuite que les tuyères corrigeaient la trajectoire. Elles ne se remettaient en route qu’au moment où le sondeur détectait, soit un signal radio émit par un vaisseau, soit une  planète à atmosphère de type terrestre. Inutile de dire que les chances étaient infimes. L’association en essaim des modules dans les vaisseaux impliquait qu’un grand nombre de modules ait parcouru l’espace ensemble. Par ailleurs l’entrée dans l’atmosphère avait dû se faire de façon aléatoire et il était possible qu’ils se soient dispersés un peu partout. Le détecteur du module ne portait qu’à trois cents kilomètres et la planète avait l’air assez grand en dépit de sa gravité standard.

- Il nous faudra édifier un abri assez rapidement car la météo à l’air un peu capricieuse et le module n’est pas franchement collectif.

- Oui, nous ne nous connaissons pas assez pour partager la couchette, répondit Natacha en riant (Il était déjà difficile d’être tout seul sur la couche, l’espace était vraiment exigu. Après tout, en temps normal, le corps était figé aux abords du zéro absolu et les passagers se plaignaient assez rarement du manque de place).

 

La tâche s’annonçait compliquée. Le module de survie n’était pas préparé pour l’exploration et le matériel était assez limité. Ils prirent leurs machettes, une survivance de l’ancien temps à laquelle on n’avait pas trouvé de remplaçant. Quoique la lame n’eût plus rien à voir. Ici une couche d’adamenturium en rendait le fil extrêmement tranchant et surtout pratiquement impossible à émousser. Ils se dirigèrent vers un des arbres à plumet. A son habitude celui-ci s’était rétracté à leur approche avec un petit son étouffé. Paul frappa le tronc d’un coup sec avec la lame. Il y eut un son mat et aussitôt le tronc se mit à exsuder un épais liquide rougeâtre.

- Cela ressemble à une réaction de défense, il est possible que ce liquide soit dangereux. Tiens regarde ! s’exclama Natacha.

Un insecte, avec de longues antennes, qui déambulait sur le tronc venait d’entrer en contact avec le suc, il tomba raide, les pattes contractées.

- Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est foudroyant ! Paul ramassa la pauvre bestiole, l’examina et la reposa un peu plus loin. Je propose de trouver un matériau plus neutre. Un qui se laisserait travailler sans se défendre.

- Je suis d’accord. Mais ici, il n’y a pas grand-chose qui va pouvoir faire l’affaire. Tiens, je n’avais pas encore vu  ce genre d’insecte volant encore.

Quelques minuscules papillons tournoyaient en effet autour d’eux. Leur nombre augmentait de minute en minute. Bientôt une véritable tempête de papillons s’abattît. Paul et Natacha comprirent alors à quoi servaient les plumets  des arbres. En effet ceux-ci sortirent rapidement et s’étalèrent. Ils piégeaient les insectes et une fois recouverts rentraient dans leur tube puis ressortaient quelques minutes après, totalement nettoyés. Un système de “ pêche ” parfaitement au point. Natacha avait bouclé son casque et riait en voyant Paul se débattre pour ne pas avaler ces maudites bestioles. C’était le côté exaltant de l’exploration spatiale. La possibilité d’étudier des systèmes écologiques entièrement nouveaux.

 

Au bout de deux heures les papillons s’égayèrent et disparurent bientôt. Les plumets étaient tous rentrés maintenant ; les arbres digéraient sans doute. Par contre eux n’avaient pas avancé d’un iota.

- Regarde Natacha ! La bestiole bouge, elle n’est pas morte !

En effet l’espèce de capricorne s’était remis sur ses pattes et agitait ses antennes tout en avançant d’un pas encore un peu hésitant.

- Il doit s’agir d’une espèce de puissant sédatif, avança Natacha, si c’est transposable aux humains cela pourrait être intéressant.

Le soleil déclinait rapidement et Paul décida qu’il laisserait Natacha dormir dans le caisson pendant que lui  s’abriterait dans son duvet-igloo. La nuit était belle et aucun prédateur digne de ce nom ne leur était encore apparu sur la terre ferme (pourvu que ces foutus poissons ne marchent pas !). En plus il avait son arme.

 

Ils firent brûler quelques branches péniblement arrachées aux buissons et dînèrent avec la “ délicieuse pâte alimentaire ”. Paul pensa que dès le lendemain ils changeraient de régime. Ils discutèrent longuement de leur vie, leurs joies, leurs peines et leurs déceptions. Il regardèrent un moment les étoiles et décidèrent d’aller se coucher. Mue par une pulsion subite Natacha déposa un baiser sur les lèvres de Paul et s’enferma dans le module. Arborant un grand sourire, Paul se coucha. Sa nuit fut peuplée de rêves agréables.

 

Le soleil réveilla Paul. Il se mit debout et se dévêtit partiellement, ne gardant que son caleçon. Il prit le plus profond des ustensiles de cuisine et partit au petit trot vers la plage. Il ramassa quatre douzaines de bivalves et un peu d’eau de mer. Quand il revint au module Natacha était en train de s’étirer en baillant. Il prépara rapidement les bivalves et bientôt un délicieux fumet s’élevait dans l’air matinal.

- A table, Natacha !

Il la servit copieusement.

- Alors là, je dois dire que c’est excellent. Pour peu que nous trouvions des herbes aromatiques on pourra toujours concocter de nouvelles recettes.

- Il y a aussi pas mal  de poissons, mais je n’ai pas eu l’occasion d’en attraper. Je vais essayer tout à l’heure. En les faisant sécher cela pourrait nous fournir des provisions. Il vaut mieux prévoir, on ne sait pas si il y a des saisons. Nous devrions aussi aller voir ce qu’est ce signal radio. Si seulement nous avions du matériel plus sensible. Si ça se trouve il y a d’autres modules disséminés sur cette planète.

- Oui, mais il y en a peut-être qui sont tombés dans cette mer. Regarde le tien, tu n’en es pas tombé bien loin.

- Je n’y avais pas réfléchi. Je me demande quelle est la surface occupée par les mers sur Paula.

- Paula ?

- Oui, je l’ai nommée ainsi, mais on peut changer sans problème.

- Non, j’aime bien, même si tu ne t’es pas torturé l’esprit pour le trouver.

- Oh ça va ! Je me croyais seul. Je suppose que cela flattait mon ego. Bon ! Allons taquiner les petits poissons.

 

Ils récupérèrent les cannes dans le caisson de survie puis partirent vers le bord de mer. Paul ouvrit un bivalve et l’accrocha à l’hameçon. Il enclencha la tige d’éjection dans le scion, débloqua le dérouleur et appuya sur la détente. Avec un bruit sec la ligne partit vers le large, le fil se déroulant sans heurt. Paul ne put voir où la ligne était tombée mais, d’après le fil restant, elle était à plus de trois cents mètres. Il tendit le fil et régla le frein du tambour. Il ne fallait pas qu’un poisson trop gros ne coupe le fil. Le maître mot était : économie de matériel. De son côté Natacha avait fait les mêmes opérations et ils attendaient tous deux un petit coup de pouce de la chance. Ce fut Natacha qui la première eut une touche. Son scion s’arc-bouta et une violente traction faillit lui arracher la canne des mains. Le fil en nanotubes était particulièrement résistant mais la bestiole s’en donnait pour tenter de se décrocher de l’hameçon. Natacha actionna le levier et le filin commença à se rembobiner. A l’autre bout le poisson faisait de la résistance. Natacha, tirait comme une hystérique en poussant de grands cris. L’animal se rapprochait du bord, puis, brusquement, il donnait quelques coups de queue nerveux et la ligne semblait peser une tonne entre ses mains. Elle avait peur de la lâcher. Le combat fut long et éprouvant. L’animal au bout se démenait comme un beau diable et Natacha, obligée de laisser filer un peu de ligne pour éviter la casse, n’en voyait pas la fin. La bestiole était lourde et nerveuse. Paul qui avait commencé à se rapprocher pour l’aider était maintenant aux prises, lui aussi, avec un énergumène gigotant. Chacun pour soi et de la viande pour tous !

 

Il leur fallut plus d’une heure de bataille pour ramener sur la grève les deux spécimens de la faune marine. Il s’agissait de deux poissons de nature identique, celui de Natacha étant plus gros. Un animal oblong, aux couleurs vives de près d’un mètre trente de long, dont un tiers représentait la gueule garnie de dents acérées. Sa propulsion semblait assurée par une large queue et une douzaine de nageoires rangées de chaque côté du corps. Ses trois paires d’yeux suivaient tous leurs mouvements et Paul décida d’abréger leurs souffrances. Il abattit deux fois sa machette et les têtes roulèrent dans les flots. Des crustacés se précipitèrent sur ce festin impromptu. Ils regarnirent les lignes et relancèrent. Il leur fallait s’assurer un minimum de provisions, on ne sait jamais ce que le sort nous réserve.

La matinée passa ainsi dans une ambiance à la fois d’excitation et de tristesse. Les poissons avaient l’air féroce mais ils n’en aspiraient pas moins, comme eux,  à la vie. La leçon de l’ancienne Terre avait porté. Ces prétentieux imbéciles avaient frôlé l’extinction. Ils avaient saccagé cette merveilleuse planète et si la conquête de Mars n’avait pas permis une deuxième chance, Nat et lui ne seraient pas là aujourd’hui. L’humanité en avait tiré une leçon chèrement payée. Depuis ces temps lointains les hommes avaient appris à respecter leur environnement et c’était un plaisir de voir les nouveaux mondes avec leurs cités intégrées aux paysages et surtout la décentralisation poussée qui évitait la formation de mégapoles inhumaines. 

 

Ils n’en étaient pas encore là. Pour l’instant ils n’étaient que deux (de sexes différents heureusement) et ils devaient d’abord pérenniser leur situation avant  d’envisager de peupler ce monde. De plus, rien ne disait que d’autres modules ne tomberaient pas dans les années à venir, ou qu’un vaisseau d’exploration  ne viendrait pas jeter un coup d’oeil à une planète si prometteuse et où tout était déjà prêt à accueillir une population humaine en quête d’espace.

 

Nat se dévêtit et  piqua une tête dans les vagues. Paul eut un frisson et se précipita vers elle.

- Ne fais pas ça, c’est dangereux. Ces poissons peuvent être beaucoup plus gros et ils n’ont pas peur de nous !

- Oui mais je reste au bord. Ça fait un bien fou de se baigner après avoir mariné dans notre jus. La première chose à réaliser sera une douche. Il doit bien y avoir de l’eau douce dans les parages.

- J’ai ma petite idée, mais fais attention, on ne connaît rien à la faune, il y a peut-être des animaux petits et dangereux. Je sais que je suis rabat-joie mais je n’aimerais pas te perdre.

Paul s’aperçut qu’il était en train de détailler le corps de Natacha. Il se sentit rougir mais n’arrivait pas à détourner le regard. Elle respirait la santé et était d’une féminité affolante. Sa dernière liaison s’était relativement mal finie. Impossible de fonder une famille quand on est un vadrouilleur de l’espace. Mais cette fois-ci il était prêt à tenter sa chance. Il ne serait pas réaffecté au secteur d’exploration avant longtemps et une relation durable pouvait être envisagée. Mais l’aimerait-elle ? Et ceci, pas seulement parce qu’ils étaient seuls au monde.

- Ferme la bouche tu vas boire la tasse, dit Nat en riant.

 Elle était consciente du trouble qu’elle provoquait chez Paul, son cheminement de pensée étant à peu près identique elle était parvenue aux mêmes conclusions. Elle appréciait cet homme qui semblait connaître tant de choses. Étant médecin elle avait subi une longue formation. Mais rien ne l’avait préparée à affronter seule un monde inconnu. C’était une chose de recoudre une plaie ou réduire une fracture, mais elle n’avait que peu de connaissances des méthodes de survie. Même si elle avait le goût du bricolage, elle connaissait peu de techniques. S’ils étaient coincés sur cette planète il y aurait tout à réinventer. Ce ne serait pas une mince affaire.

            Elle sortit de l’eau et commença  à nettoyer les poissons. Paul la rejoignit et, grand seigneur, lui proposa de la remplacer.

- Non, j’ai pratiqué deux ans de chirurgie et ça me permet de conserver la main.

- Et tu opérais à la machette ? Pourvu que je n’ai pas l’appendicite !

- Je plaisantais, mais ne dis pas ça ! Si cela arrivait nous aurions un problème grave. J’ai mon matériel, mais je doute qu’il y ait des blocs opératoires sauvages dans les environs.

- Ne t’inquiètes pas, j’ai déjà été opéré, mais effectivement il faudra bien trouver un moyen de faire un abri en dur. Si seulement ces troncs ne se défendaient pas. En plus, ils sont un peu trop résistants pour notre matériel. Bon !  Je vais ramasser quelques coquillages,  nous nous en servirons pour la sauce du poisson.

- Tu sais cuisiner ? demanda Natacha un peu dubitative.

- Oui, je me débrouille assez bien et d’ailleurs, il va nous falloir récolter des échantillons de plantes pour les tester. Parmi elles, il y en aura sûrement qui nous permettront d’épicer nos petits plats. Je propose de consacrer quelques jours à réunir de la nourriture, puis nous partirons en exploration aux alentours. Au fait, tu devrais te rhabiller, tu vas attraper un coup de soleil.

- C’est plutôt toi qui devrais te déshabiller, tu vas finir par attraper des mycoses dans tes vêtements humides.

- Je crois que je vais attendre un peu. Pour l’instant je ne me sens pas présentable…

- Ah ? Pourtant…J’ai l’impression que cela pourrait bien m’intéresser.

 

Paul comprit l’invite, il s’avança jusqu’à elle et l’attira à lui. Ils s’embrassèrent et pour eux l’après-midi vint assez vite…

Riant et plaisantant, ils revinrent au module, chargés de nourritures. Paul se mit “ aux fourneaux ” pendant que Nat allait chercher un peu de bois. Les réchauds électriques dureraient encore très longtemps, mais ils n’étaient pas éternels et il fallait commencer à envisager la vie sans eux.

Ils mangèrent de bon coeur, le mélange poisson coquillage était particulièrement bon. Il ne leur manquait qu’un peu de féculent pour tenir au corps.

 

Ils nettoyèrent les ustensiles et prirent le chemin du bosquet. Ils se mirent à fureter chacun de leur côté. Ils ramassèrent des feuilles après les avoir froissées entre les doigts. Reniflèrent les différentes baies offertes par la végétation. Certaines sentaient très bon et pourraient, sous réserve de n’être pas toxiques, entrer dans les futures recettes de Paul.

Natacha, tirant sur une tige, mit à jour des tubercules violets gros comme deux poings. Elle en ramassa trois qu’elle rangea dans le sac. Elle découvrit ensuite un arbuste minuscule qui produisait des petites boules noires  à la puissante odeur de poivre. Voilà qui pourrait faire plaisir à Paul. Elle s’enfonça plus avant dans un taillis et fit la découverte la plus importante d’une journée, pourtant fertile dans ce domaine. Son pied s’enfonça dans une flaque d’eau.

- Paul ! J’ai trouvé de l’eau douce !

Ils remplirent une gourde du précieux liquide et retournèrent en hâte vers le module. Ils passèrent les deux heures suivantes à analyser leurs trouvailles. Certains des végétaux contenaient assez de toxines pour foudroyer une foule de consommateurs imprudents. Par contre les tubercules de Nat s’apparentaient aux pommes de terre terrestres et ils pourraient fournir les précieux hydrates de carbones dont le corps a besoin. Le poivre en était une bonne copie et ils avaient trouvé quatre espèces d’aromatiques, dont une avait la saveur du thym terrestre. Mais la meilleure nouvelle était que l’eau était potable. Ils ne dépendraient plus uniquement du module et des filtres pour se désaltérer. Paul photographia, avec son pad, les différentes espèces de végétaux en notant leurs caractéristiques  sur les clichés. Il dressa deux perches récupérées dans le sous-bois et tendit un fil en nanotubes dessus. Il disposa les filets de poisson et alluma un feu qu’il recouvrit de feuilles et de plantes aromatiques. Le dispositif fut bientôt environné d’une épaisse fumée odorante. Plutôt primaire comme fumage, mais ils n’avaient pas le choix.

La nuit commença à tomber et ils s’installèrent à proximité du feu pour pouvoir l’alimenter tout en s’ébattant librement. Les deux lunes étaient basses sur l’horizon et le silence de la nuit était ponctué des stridulations légères des insectes et des rires du couple. Ils s’endormirent bientôt dans les bras l’un de l’autre.

 

Ils s’activèrent pendant une vingtaine de jours, amassant du bois et érigeant un abri au milieu des buissons, à proximité de l’eau. Ce n’était pas un palais mais il les abritait de la pluie, du vent et du soleil. Paul avait réussi à abattre quelques arbres à plumets. Il lui avait fallu user de beaucoup de temps et d’énergie mais les troncs s’étaient enfin couchés. Ça n’avait rien de végétal, des espèces de vers logeaient dans ces troncs, en fait des gaines secrétées par les animaux. Paul avait fait très attention à ne pas toucher le suc défensif qui en fait n’était qu’un narcotique puissant mais en avait recueilli un peu, sait-on jamais ? Après avoir vidé et nettoyé les cylindres il les tronçonna avec patience. Il mélangea les fluides vitaux des vers avec du sable et obtint une pâte malléable qui, au contact de l’air et du soleil devint aussi résistante que du métal. Il s’en servit pour fabriquer des couvercles et des fonds pour ses cylindres. Il avait ainsi obtenu une cinquantaine de récipients dans lesquels ils pourraient stocker la résine animale, leurs réserves, de l’eau ou abriter leurs maigres possessions. Pendant ce temps Natacha pêchait, ramassait des coquillages et des crustacés et continuait de répertorier les espèces végétales et animales. La liste des espèces comestibles s’allongeait de jour en jour et leurs repas commençaient à vraiment être variés. Les tubercules fournissaient une purée indigo à la saveur légèrement sucrée. Cuite sur une plaque en galette mince, elle servait de pain et se conservait ainsi quelques jours. Ils en avaient plantées quelques dizaines après avoir défriché une petite parcelle. Ils espéraient que le cycle végétatif n’était pas trop long, cela leur assurerait une source quasi inépuisable de nourriture.

Cette importante question réglée, il se consacra aux finitions de l’abri, utilisant son mélange pâteux pour colmater les trous et fabriquer des plaques, à la fois légères et solides qui servirent de toiture. Il utilisa aussi les plus longues sections de tubes pour organiser un système de récupération des eaux de pluie qui leur permettrait d’irriguer leurs champs. Il sélectionna de même un des morceaux les plus larges et y adjoignit un fond. Il y perça un trou et aménagea, avec patience et ingéniosité, un système de valve. Il installa son système au point le plus bas, à proximité de l’abri, et remplit le tube avec une section plus petite. Il appela alors Nat. Elle arriva bientôt, les bras chargés de ses trouvailles et le suivit intriguée. Il lui expliqua le fonctionnement du dispositif et c’est avec ravissement qu’elle prit sa première douche d’eau douce depuis l’aplanétissage.

- C’est fantastique, tu ne peux pas savoir à quel point tu m’as fait plaisir ! Je crois que nous devrions fêter ça.

- Avec plaisir, dit Paul en la rejoignant sous le jet tiède.

 

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