Le serpent à Sornettes

Très tôt ce matin, en allant au champ,
Plume d’Argent rencontre un serpent.
Méfiant, il essaie d’éviter l’animal rampant,
Mais celui-ci ne semble pas bien méchant.

« Où vas-tu donc de ce pas Plume d’Argent ? »
Demande le serpent à un Plume étonné.
« Je vais labourer, puis écrire un sonnet,
J’aime composer un peu loin des gens.

Mais comment se fait-il que tu discutes ? »
« Tu parles bien toi aussi, cela te surprend-t-il ? »
Rétorque aussitôt l’étonnant reptile,
« Ce n’est pas le lieu, ni l’heure des disputes !

Que fait Plume d’Or quand tu n’es là ?
Qui vient la voir à chaque fois que tu sors ?
Qui se vautre sur elle, se moquant de ton sort ?
Ce qui devrait te surprendre c’est cela ! »

Et sur ce, le serpent s’enfuit dans un fourré.
Plume d’Argent, sous le choc, est abasourdi,
Qui dans son dos fomente des plans bien ourdis ?
Sa belle Or, qui de ses bras vient l’entourer ?

Plume d’Argent, l’âme chagrine, s’en revient
Il chemine lentement sur le sentier de pierre
Ses pieds lourds font voler la poussière
Chacun de ses pas le ramène d’où il vient.

Son regard tristement balaie la route,
Effleure les buissons, caresse les fleurs.
Ses paupières retiennent ses pleurs,
Ses noires pensées sont en déroute.

Fantôme de lui-même, il entre dans le village
Traînant des pieds sur le sentier sableux.
Indifférent aux nuages qui filent sur le ciel bleu,
Insensible à la beauté des platanes sans âge.

Il arrive devant la porte et l’ouvre brusquement.
Plume d’Or, surprise, pousse un cri perçant
Elle s’est coupée et à son doigt, perle le sang
Argent explique qu’il croyait trouver ici son amant

Il lui raconte alors son étrange aventure.
« Bougre d’idiot dit Or en riant, tu es bête
Tu t’es laissé berner par le serpent à sornettes »
Et tous les deux s’esclaffent de cette forfaiture.

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