Les deux singes

Au petit matin frisquet, dans la sèche savane,
Se mouvaient avec grâce deux singes en maraude.
Cherchant pitance pour tromper la famine qui rode
Ils griffaient même le sol pour chercher cette manne.

 

Mais d’autres sont passés qui ont déjà cherché.
Les deux compères affamés décident donc
De s’éloigner pour trouver cale à leur bidon,
Marchant ainsi vers l’horizon sans se cacher.

 

Les yeux écarquillés, fixés sur le chemin,
Ils commençaient à ressentir la lassitude
Offerte aux voyageurs n’ayant pas l’habitude,
Même utilisant pour se déplacer leurs mains.

 

Soudain ils arrivent près d’une grande faille,
Une sombre balafre qui ouvre la terre rouge.
Tout autour, on ne voit que les deux qui bougent
Et qui face au creux ne semblent pas de taille.

 

Un se penche pour tenter d’apercevoir le fond
Quand il avise, coincé sur une excroissance,
Une arachide qui ferait bien dans sa panse
Et le réjouirait sûrement jusqu’aux tréfonds.

 

A peine saisie, est punie son avidité.
Le voici qui bascule dans le précipice
Ayant juste le temps de crocher un orifice.
Malheureuse victime de la cupidité.

 

Suspendu par un bras, le corps dans le vide,
Au dessus, qui le hèle, il entend son ami.
Il voit bien sa face inquiète et gémit
Tandis qu’à ces yeux coule une sueur acide.

 

« Lâche ton bien et tends-moi la main très vite !
Je peux l’attraper et te remonter aussitôt
Je ne sais ce que tu as attrapé plus tôt
Mais vaut-elle vraiment cette mortelle invite ? »

 

Le singe en détresse alors desserre ses doigts
Et voit dans le lointain se perdre la graine.
Ignorant un instant sa stomacale rengaine,
Il attrape la main et c’est la vie qu’il lui doit.

 

Echappant ainsi à la mort et à ses rets
En conclusion, dans ce conseil que je lance
Notez bien, Messieurs, qu’en toutes circonstances
Une main tendue vaut bien mieux qu’un poing serré.

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