Le marchand

 

Un jour, un riche marchand voulant gagner plus,

Décida de chercher, dans les articles parus,

Qui lui permettrait d’accroître sa fortune

Sans, en échange, en demander la lune.

 

Il alla voir son prêtre dans sa petite église.

« Voyez-vous mon fils, il faut que je vous dise,

S’il suffisait le dimanche d’en appeler à Dieu,

Croyez que cette bâtisse serait le plus beau des lieux.

 

J’en suis attristé mais, je ne peux rien pour vous

Et cela me coûte de le dire, je vous l’avoue.

Vous pouvez toujours,  dans chaque prière,

Demander au Puissant qu’il soulage votre misère ».

 

Le commerçant cupide s’en va marri.

Si la source divine, à ses souhaits est tarie,

Lucifer à son vœu pourrait-il mieux faire ?

Peut-être s’y connait-il mieux en affaire ?

 

Compulsant nombre d’anciens grimoires

Trouvés au fond de noires et vieilles armoire,

Il dessine au sol ce fameux pentagramme

Qui, pour le démon, sert de télégramme.

 

La dernière parole du rituel prononcée,

Le Diable par la fumée Se fait annoncer.

D’une voix si basse qu’elle afflige les cœurs,

Il demande au marchand d’un ton moqueur.

 

« Pourquoi m’invites-tu sans une belle tablée ?

Manger quelques volailles, pâtés, petits sablés,

Pour ça c’est sûr, me rendrait plus aimable

Et ça ne porte pas malheur d’être très affable ».

 

L’homme, tremblant, prestement  met le couvert,

Une carafe de cristal, le beau service vert,

La fourchette dorée et le couteau de nacre.

S’excuse humblement que le vin soit un peu âcre.

 

Puis il sort de sa réserve les mets les plus raffinés,

Guettant du démon  un sourire spontané.

Soudain, d’une griffe effilée vers un petit pâté,

Lucifer commence enfin à s’alimenter.

 

Le temps passant s’épuisèrent les vivres

Et l’homme dût implorer qu’on lui en livre.

 Comment pouvait-Il donc autant manger ?

Sa bourse maintenant était en danger.

Le goulu faisait toujours autant ripaille

Et le malheureux aurait bien voulu qu’il s’en aille.

Mais L’autre restait sourd à toutes ses suppliques,

Ne pouvait-on contenter Cet être diabolique ?

 

Puis le démon, semblant enfin rassasié,

S’occupa de ce pour quoi il fut convié.

« Tu veux voir à ta bourse un peu plus d’or,

S’enrichir ta maison et se rehausser le décor ? 

 

Et bien soit, cela est fait, je puis m’en aller ».

Dit-Il, avec sur la face un grand sourire étalé.

Le marchand n’y prête guère attention,

Son vœu est réalisé au-delà de toute ambition.

 

Son regard se promène sur les tentures dorées,

Les riches tapis, les lustres, les tableaux bigarrés.

A sa ceinture pend une bourse ventrue de joyaux.

Ses coffres sont pleins, tout cela est trop beau !

 

Mais une terrible douleur à sa poitrine

Lui fait comprendre qu’ici que tout se termine…

On ne l’a retrouvé mort que le lendemain matin,

Les mains crispées sur son visage, au milieu du butin.

 

C’est connu, on ne joue pas au plus fin

Avec le maître des Enfers, le Malin.

A négocier avec lui on y gagne que des prunes.

Bonne santé eusse mieux valu que grosse fortune.

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