La souris (fable)

 Une souris dans une maison cherche nourriture.
Quelques céréales, des noix plutôt que fromages
Ou quelques denrées dans lesquelles faire carnage.
Juste assez pour pouvoir envisager un peu le futur.

La voici qui, sur le froid carrelage,  trottine.
Humant, de son petit museau, les senteurs étrangères
Pour détecter les appétissantes odeurs familières.
Ses pas, tout naturellement l’emmènent à la cuisine.

Quelles visions de rêve que cette alimentation exposée.
Des étagères regorgeant de pâtes, de paquets de farine,
Des sachets de pruneaux, de raisins secs, quelle cantine !!
 Mais, sur une chaise, un est couché pour se reposer.

La souris à son affaire ne sait par où commencer.
Il y a tant et tant à choisir pour son petit festin,
Tandis que sur son perchoir, scellant son destin,
On voit le chat noir sur lui-même se ramasser

Soudain d’une détente, le félin lui choit sur le râble
La souris se demande quel est ce poids qui l’accable
Alors, mulot, lui susurre le greffier, on se met à table ?
Crois-tu que c‘est jour de visite, demande-t-il affable ?

Ta venue en ces lieux compromet mon avenir.
Je pourrais bien être rejeté de ce paradis
Si mon maître trouve dans ses noix une souris.
Mais tu ne te soucies guère de mon devenir.

Si fait, noble chat, mais vous me paraissez gras et fort.
Alors que moi je suis toute petite, faible et affamée.
Je pourrais toujours finir ce que vous auriez entamé
Et nous deviendrions amis avec un peu d’effort.

Oui, nous pourrions, lui répond le matou matois
Mais je risquerais de perdre ce que j’ai d’acquis.
Tout ça pour quoi, ou je dirais plutôt pour qui ?
Pour un rat tout bougris, un mulot, enfin, toi !

Comment peux-tu espérer que je mette en balance
Ma vie de sybarite jouissant de tous privilèges
A une amitié avec un être falot au poil beige.
Ne bouge pas, que j’applique ma mortelle sentence.

L’action fut brève, la souris ne se vit même pas trépasser
Tandis que le chat vainqueur, la laissa bien en évidence
Pour que les autres prennent la mesure de son outrecuidance
D’avoir oser le troubler, lui qui ne faisait que se prélasser.

Il en est ainsi dans le monde des biens plus gras que nous
Qui pour continuer à paraître et mener la grande vie
N’hésitent pas à sacrifier des plus petits à l’envie
Et qui trouvent normal que pour eux on plie le genou.

Pour ma part, pauvre poète au grand cœur
Je ne comprends pas ce type d’injustice
Ce monde me semble pervers et factice
Et je n’en apprécie guère l’amère liqueur.

 

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